The Leftovers, entre ennui et fascination


« Rien ne disparaît, tout se transforme » disait mon prof de chimie. Mais quand 2 % de l’humanité disparaît au même moment, qu’est-ce qui se passe pour ceux qui sont toujours là ? C’est toute la problématique de The Leftovers.

14 octobre, dans la petite ville paisible de Mapleton. Le téléphone vissé à l’oreille, une mère de famille fait sa lessive dans une laverie automatique. Maman est sur les nerfs. Sa machine à laver est tombée en panne et Sam n’arrête pas de pleurer à côté d’elle. La jeune femme sort sur le parking, excédée. Boucle l’enfant dans son siège auto à l’arrière de sa voiture, et s’assoit à l’avant. Tout à coup, Sam ne pleure plus. Maman se retourne. Effroi – son bébé n’est plus là.

Trois ans plus tard, le jour de commémoration « des disparus du 14 octobre » approche ...

Le ténébreux chef de police, Kevin Garvey, doit gérer les fortes tensions liées à cet événement. Depuis les mystérieuses disparitions, plus rien ne va dans sa ville ni dans sa vie.

Kevin, interprété par Justin Theroux (Mulholand Drive), est borderline.

Son père croupit dans un asile. Son fils ne donne plus signe de vie. Sa fille le hait. Et sa femme l’a quitté pour rejoindre la secte des « Coupables Survivants ».

Deux camps s’affrontent désormais à Mapleton. D’un côté les familles des disparus qui tentent d’oublier tant bien que mal le drame qui les a frappés trois ans plut tôt. De l’autre, Patti Levin (l’excellentissime Ann Dowd, dont on a déjà pu admirer le talent dans The Handmaid’s Tale) et sa sinistre troupe des « Coupables Survivants », entièrement vêtus de blanc, organisant le harcèlement des habitants. Les CS sont partout. Devant les maisons, à la sortie des bureaux et des restaurants. Mutiques, impassibles. Fumant cigarette sur cigarette. Ils attendent.

Mais quoi ?

« Nous voulons qu’ils se souviennent de quelque chose qu’ils cherchent à oublier ».

The Leftovers est une série philosophique sur l’omniprésence du manque. Les personnages, en proie à une tristesse insondable, manifestent leur douleur de manières différentes et troublent en conséquence l’ordre social. La communauté humaine se fragmente. Chacun accuse l’autre d’être responsable de son malheur. Les violences éclatent dans les rues comme dans les cœurs.

Si l’idée de départ est d’une remarquable originalité, The Leftovers n’évite pas certains écueils. « Le faux-rythme » de la série nous offre concrètement quelques épisodes d’une grande puissance émotionnelle mais nous balade le reste du temps. L’entremêlement des lignes narratives est souvent agaçant et nous perd dans ses longueurs, d’un personnage à l’autre. C’est ce que j’appelle « le syndrome Lost » (il s’agit d’ailleurs des mêmes co-créateurs : Damon Lindelhof et Tom Perrotta).

La ficelle, un peu grossière, consiste à simuler le plein alors que le sujet est précisément le vide. Du coup, on a droit à du remplissage, du pathos (souligné par un air de violon aussi récurrent qu’horripilant), et de « l’énigme » à la pelle. En bref, on s’ennuie régulièrement. Et on hésite même à ne pas regarder l’épisode suivant.

Ce qui nous retient ? Les fulgurances, les comédiens et le thème musical Where is my mind des Pixies (redoutable efficacité). Coup de cœur pour Carrie Coon (Gone Girl) – pleurant dans un hôtel en flammes, sublime, sur le titre culte de a-ah Take on me.

Christopher Eccleston (Petits meurtres entre amis), interprétant un pasteur émouvant abandonné par ses fidèles, amoureux transi de son épouse, handicapée mystique.

On note aussi le retour gagnant de Liv Tyler, (Le Seigneur des anneaux) et la découverte de Margaret Qualley, fille d’Andy Mac Dowell - aussi ravissante que maman ! Au-delà du délire mystico-fantastique et de l’inspiration biblique, The Leftovers ose la profondeur existentielle et nous questionne. Comment une société, déjà fracturée, peut-elle faire son deuil après des événements irrationnels ?

Comment peut-on « habiter l’absence », comme dit l’écrivain Michel Houellebecq ? Guérir de cette malédiction (divine ?) d’être encore vivant alors que l’Autre ne l’est pas ? Conclusion : si ni le Tout-Puissant ni mon prof de chimie n’a su répondre à ces questions, c’est peut-être que l’on cherche toujours des réponses là où il n’y en a pas.

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