"Ça" flotte à nouveau dans nos cerveaux


Si comme moi, vous n’aimez ni les clowns ni les films d’horreur mais que vous avez adoré le portrait de l’enfance, à la fois beau et douloureux de Stephen King dans son roman IT, vous devez voir Ça.

Encore aujourd’hui, je garde un souvenir ému du téléfilm culte des années 90 : Il – est revenu. C’est l’excellent Tim Curry qui, à l’époque, avait endossé le costume de Grippe-sou (Pennywise dans la version originale). Avec ses chorégraphies macabres et ses ballons sanguinolents, le clown dansant fut un fin pédagogue en son temps. Fuir les hypocrites : tel était son enseignement. Nous, les enfants de la génération Y, avons appris grâce à lui, à fuir les énergumènes dissimulés sous un gros nez rouge et un sourire de faux-jeton.

Plus nous regardions les rediffusions du téléfilm, plus nous en saisissions les subtilités. Et ce qui devait arriver arriva. Nous avons grandi et croisé des guignols de tous poils. Au fil de ces rencontres, plus ou moins heureuses, notre cerveau reptilien s’est reconnecté à la symbolique clownesque made in Stephen King. On a compris que le clown maléfique n’était autre qu’un adulte – le choc : nous en faisions désormais partie ! Serions-nous devenus des simulateurs peinturlurés à la morale incertaine ? Cet être froid qui se repait de l’innocence des plus faibles ? Et transforme les petites têtes blondes en jouets pour mieux cacher ses propres insuffisances ? Serions-nous, donc : des ogres ?

Mais non, mais non, voyons.

Maman dit que les monstres n’existent pas.

Dans la nouvelle version signée Andy Muschietti (Conjuring, Mama) l’ogre est campé par un jeune suédois au sourire glaçant : Bill Skarsgard. Son habit bouffon, moins criard qu’en 1990 (date de naissance de l’acteur), le sied à merveille. En 27 ans, le crâne-monstre du clown-cannibale a triplé de volume. « Ça » est devenu plus cérébral mais a toujours autant les crocs et une technique implacable pour faire le plein de chair fraîche.

Ce que veut Georgie, lui, c’est faire flotter son bateau. « Ça » tombe bien, l’orage gronde et le caniveau déborde près de chez lui. Bill, attendri par le minois angélique du petit frère, participe à l’effort de guerre, enduit de vaseline la frégate et regarde (avec un peu d’inquiétude tout de même) le ciré jaune traverser le jardin. Georgie jubile, saute comme un cabri sous la pluie. Poursuit son bateau jusqu’à la première chute – annonciatrice. Le gamin est sonné. Son rafiot, hors de portée. Il se penche sur la bouche d’évacuation pour le récupérer quand (tin tin tin) « ça » apparaît.

Frissons (d'adultes ?)

Après la disparition de Georgie, Bill en bave des ronds de chapeau. La loi de Murphy – tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal – n’épargne pas le faussement doux royaume de l’enfance. La « bande de losers » et la douce Beverly sont au menu du monstre. Ils subissent, chacun leur tour, les frasques mortifères de Grippe-Sou dont le met favori est la peur juvénile.

En dépit de la terreur que « ça » suscite, Bill (Jaeden Lieberher) et ses amis unissent leurs forces, traquent le croque-mitaine jusque dans sa sinistre tanière. Ils ne peuvent compter que sur leur courage et leur solidarité d’enfants pour faire face. Comme dans tous les films du genre, les adultes sont absents. Défaillants. Pathétiques. Pire : complices d’une monstruosité patente.

La mère obèse d’Eddie (Jack Dylan Grazer), presque aussi terrifiante que le clown, gave son fils de médicaments, lui invente des maladies pour qu’il puisse rester près d’elle et la regarder engraisser devant sa télé crétine.

Le père de Stanley (Wyatt Oleff) veut faire de lui un bon fils de rabbin, et pour cela, il devra apprendre les textes sacrés auxquels il ne comprend rien et se faire couper le petit oiseau devant une assemblée de culs-bénits.

Mike (Chosen Kacobs) a de la peine à tuer les moutons à la chaîne. Il regarde les bêtes dans les yeux avec son pistolet à tiges perforantes et se demande si c’est bien ce qu’il fait. Mais son oncle a des arguments pour qu'il appuie sur la détente. Il demande à Mike de quel côté il veut être. Du côté des forts comme les bourreaux ? Ou du côté des faibles comme les moutons ?

Et puis il y a Beverly (la si délicate Sophia Lillis), « la chérie à son papa ». Celle que tous les garçons rêvent d’embrasser. En particulier Bill, et son ami Ben (Jeremy Ray Taylor) – un garçon-poète au physique disgracieux, fan honteux des New kids on the block. Prisonnière de son paternel tyrannique, la jeune fille apprend à ses dépens que devenir une femme, c’est aussi un combat. Elle prendra donc les armes, aux côtés de ses amis.

Le casting est parfait jusque dans les seconds rôles. La photo du coréen Chung-hoon Chung, collaborateur privilégié de Park-chan Wook depuis Old Boy est un sans faute. Les décors patinés, les costumes eigties, et l’énergie des enfants sont terriblement efficaces. Dans le regard envoûtant de Beverly comme derrière les lunettes à double foyer de Richie (le décidément prometteur Finn Wolfhard de Stranger Things), la dimension mélancolique du King est honorée.

De l’horreur, certes, à la pelle, (les scènes avec Georgie sont particulièrement dures) mais également de belles images pensées, portées par une mécanique loufoque et saisissante, le tout dans une atmosphère de conte noir intemporel.

Un regret : ne pas avoir vu la version de Cary Fukunaga (réalisateur de la première saison de True Detective) choisi au départ pour l'adaptation du roman culte de King, dont la vision artistique n'obtint pas le soutien des producteurs. Le script initial, écrit à quatre mains avec Chase Palmer, était selon les fans de King, éminemment supérieur dans le récit, comme dans la noirceur.

Bande-annonce IT (VOST)

(NB : Suite prévue en 2019)

Crédit images : WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC. ALL RIGHTS RESERVED / Brooke Palmer

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