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BIO

 

Sacha est née en région parisienne au début des années 80. De formation littéraire, elle entre dans une école préparatoire aux Beaux-Arts puis obtient un bachelor en Information et Communication en France. Après avoir travaillé dans les écoles de Zone Urbaine Sensible, l'artiste renoue avec ses premières amours en Suisse.

 "Je mêle le fantasme, la sublimation du corps et son ambiguïté. Mes filles sont femelles, captives d'un obscur projet. Leur espace est restreint mais toujours connecté à leur sensualité. Je ne peins pas des victimes mais plutôt des animaux humains tourmentés par leur désir de (s'entre)dévorer."

Sa peinture explore le féminin gracieux et dévorateur. Ses thèmes de prédilection comme "la dévoration" et "la figure féminine", se retrouvent aussi dans son écriture. Les Éditions L'Âge d'Homme publient son premier roman La Petite galère* en mars 2015.

Son deuxième roman, intitulé Morceaux*, est actuellement disponible en librairies. Ce texte d'anticipation dont l'action se situe plusieurs générations après La Route de Cormac McCarthy, a fait l'objet d'un ROMAN-EXPO à la librairie HumuS à Lausanne en mars 2018.

 

 

La Petite galère  (extrait)

 

Marie.

La Jolie.

Cette fille, c'est Frida, Judith, Ophelia. Réunies dans un seul et même tableau. Une bande dessinée pour adultes. Une comptine pour enfants. La Dame Tartine de l'érotisme - le Miel des poètes. De sept à soixante-dix-sept ans.

Ses yeux.

Elle pourrait vendre la source qui coule dans leur écrin. C'est deux-là donnent goût au voyage, font larguer les amarres, déclenchent l'avarie des synapses. Son regard est d'ici, mais surtout d'ailleurs. Quand il vous tient, il est trop tard pour revenir. On est déjà loin.

Son sourire.

Un petit animal qui vous grignote le cœur, remue les entrailles du monde, en ébranle sa lente tragédie. Sa douceur est le moteur de l'espérance. Quand il est pour vous, le bonheur est proche. Et la vie recommence. (...)

Son dos.

Du creux de ses reins jusqu'à l'arrondi de l'épaule, une branche de cerisier est tatouée à l'encre rose. Tournées vers l'Orient, les pétales caressent sa peau de brocart. Si l'on s'approche, on en tend glisser sous ses hanches une petite carpe aux écailles myosotis. Marie rêve de recouvrir son corps de tatouages japonais :

"Pour faire quelque chose de ma peau", dit-elle.

Les garçons, amis, collègues, patrons; tous rêvent de lui faire l'amour, l'épouser, lui donner ce qu'ils ont et même ce qu'ils n'ont pas. N'auront jamais. Marie rend fou. Amoureux. Souvent les deux. Enfin, c'est ce qu'ils disent une fois qu'ils sont sur elle. Comme d'autres filles du quartier, la Jolie pourrait la vendre, sa peau. Selon leurs dires, le business est florissant.(...)

Même si à la Prairie, le frigo tire souvent la gueule, Marie tient bon. La plus belle fille du monde ne s'achète pas, elle se donne - Marie est une putain de sainte.

 

Morceaux  (extrait)

 

 

Ici la Zone.

Dans l'air flottent les particules. Le ciel est une forteresse saturée de cendre et de matière plastique. Les bondieuseries n'habitent plus ici. Le Tout-Puissant n'est pas grand - Il est absent. On ne craint plus sa divine colère. On ne mendie plus sa miséricorde. L'absolution ne sera pour personne.

Sur le territoire de la Zone il faut rester sur ses gardes. La bête n'est jamais loin quand le fou souffle sur la plaine. On ne prie pas l'Éternel. On ne prédit pas les tempêtes. On lève simplement la tête pour la garder sur les épaules.

Ici la Zone.

Une terre décidée à rendre les armes. Fatiguée d'avoir trop vu et tout perdu. Les pluies sont fréquentes mais ne la nourrissent plus. Les fleurs qui osent encore pousser en oublient leur parfum et les morceaux y perdent la mémoire. (...)

La vie dans la Zone est un abcès qui ne cesse jamais de crever. Les coups pleuvent, la foule s'embrase. Alors les émetteurs s'allument, grandioses et saisissants. Comme une chaire de cathédrale plantée en terre misère, invitant ses fidèles à bouffer leur salut.

Extrait audio

Revue de Presse MORCEAUX

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Photo : Sacha Després © Mehdi Benkler